John, étudiant aux Beaux-Arts dans une ville "sans centre et sans repère" surmonte peu à peu une relation difficile, dont il remâche le goût amer, visiblement pas vraiment remis. Alors, quand il retrouve Naomi par hasard, c'est comme si l'occasion rêvée et tant attendue de fuir ces souvenirs douloureux se présentait à lui, un peu par miracle.
Mais Naomi est en réalité liée à un passé plus lointain encore, celui de la propre enfance de John. Surtout, elle est la sœur de Chris, ancien voisin et ami turbulent, mort prématurément dans un accident de voiture. Un ami ambigu, puisqu'à la fin il n'était plus qu'un garçon difficile et vaniteux, une petite brute dont les allusions crues à la violence et à la sexualité marquèrent un peu prématurément peut-être l'arrivée de John dans un autre âge, celui des grands. Naomi non plus, à l'époque, n'était pas étrangère à cet éveil encore entaché de craintes.
Le talent de Patrick McEown, c'est bien cet enchevêtrement d'éléments liés à la suggestion d'un désir, d'une peur primordiale, une zone d'ombre du passé qui pèse lourdement et continuellement sur le présent. Que s'est-il passé entre Naomi, Chris, les adultes et John? Qui a le plus de problème? John, Naomi? Où alors est-ce que ce sont les problèmes de Chris qui, amplifiés par sa mort soudaine, rebondissent sur sa sœur et son ami?
Hair Shirt désigne une cilice, une chemise qu'on porte tous sans nous en rendre compte en gage de pénitence, parce qu'on a fauté, mais c'est aussi dans le cas de cette BD, le maillage labyrinthique de destins en peine d'irrésolution, à la recherche d'un sens.
Une grande BD dont l'écho reste longtemps après la lecture.
Jonathan
Hair Shirt
Patrick McEown
Editions Gallimard Bayou
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